Contes & tradition orale

Conte 5 min de lecture

Kulu la tortue et le tam-tam du ciel

Conte 4 min de lecture

Pourquoi la panthère vit seule

Conte 4 min de lecture

Beme Ndongo, le chasseur généreux

Épopée 6 min de lecture

Aux portes d'Engong

Kulu la tortue et le tam-tam du ciel

Français

En ce temps-là, la famine régnait dans la forêt. Un soir, Kulu la tortue entendit les oiseaux raconter que Zamba gardait dans le ciel un tam-tam merveilleux : quand on le frappait, les plats de nkono et les régimes de plantain apparaissaient d'eux-mêmes.

« Petit comme je suis, se dit Kulu, personne ne me croira capable d'y monter. » Mais Kulu était rusée. Elle tressa une longue corde de lianes, la fit porter au ciel par l'aigle royal à qui elle avait promis la première part, et grimpa patiemment, un jour et une nuit entiers.

Arrivée devant Zamba, elle ne vola rien. Elle salua avec respect et dit : « Père, tes enfants de la terre ont faim. Prête-nous ton tam-tam, et chaque village t'offrira les prémices de sa récolte. » Zamba, touché qu'une si petite créature ait fait un si grand chemin pour parler au lieu de prendre, lui confia le tam-tam.

C'est depuis ce jour, disent les anciens, que lorsque le tonnerre gronde, on entend le tam-tam de Zamba — et qu'on n'oublie jamais de partager les premières récoltes.

English

In those days, famine ruled the forest. One evening Kulu the tortoise heard the birds tell of a wondrous drum that Zamba kept in the sky: when it was struck, dishes of nkono and bunches of plantain appeared of their own accord.

"Small as I am," Kulu said to herself, "no one will believe I can climb up there." But Kulu was cunning. She braided a long rope of vines, had the royal eagle carry it to the sky in exchange for the first share, and climbed patiently for a whole day and a whole night.

Standing before Zamba, she stole nothing. She greeted him with respect and said: "Father, your children on earth are hungry. Lend us your drum, and every village will offer you the first fruits of its harvest." Zamba, moved that so small a creature had come so far to ask rather than take, entrusted her with the drum.

Ever since that day, the elders say, when thunder rolls you can hear Zamba's drum — and no one ever forgets to share the first harvest.

Note culturelle — Kulu la tortue est la grande figure de ruse des contes beti : elle triomphe par l'intelligence et la parole, jamais par la force. Le motif du partage des prémices renvoie aux offrandes de première récolte.


Pourquoi la panthère vit seule

Français

Autrefois, Zé la panthère vivait au village comme tout le monde. Mais elle était si fière de sa robe tachetée qu'elle refusait de manger au plat commun. « Ma nourriture à moi, disait-elle, ne se mélange pas. »

Vint la grande sécheresse. Chaque famille apporta ce qu'elle avait — un peu de manioc, quelques arachides — et tous mangèrent ensemble, un peu chaque jour. Zé, trop fière pour tendre la main, chassait seule et rentrait souvent bredouille.

Quand les pluies revinrent, Zé était devenue maigre et son cœur amer. Honteuse, elle quitta le village pour la forêt profonde. Voilà pourquoi, disent les anciens, la panthère chasse seule à ce jour — et pourquoi, au village, refuser le plat commun est la pire des impolitesses.

English

Long ago, Zé the panther lived in the village like everyone else. But she was so proud of her spotted coat that she refused to eat from the common dish. "My food," she would say, "does not mix."

Then came the great drought. Every family brought what it had — a little cassava, a few groundnuts — and all ate together, a little each day. Zé, too proud to reach out her hand, hunted alone and often came home with nothing.

When the rains returned, Zé had grown thin and her heart bitter. Ashamed, she left the village for the deep forest. That, say the elders, is why the panther hunts alone to this day — and why, in the village, refusing the common dish is the worst of insults.

Note culturelle — Le repas partagé est au cœur de l'hospitalité beti. Ce conte enseigne que l'orgueil isole, tandis que la solidarité fait traverser les temps difficiles.


Beme Ndongo, le chasseur généreux

Français

Beme Ndongo rentrait de la chasse avec une seule perdrix, sa seule prise après trois jours. Au bord du sentier, un vieil homme inconnu lui demanda : « Fils, j'ai faim. » Beme Ndongo regarda sa perdrix, pensa à sa propre famille, puis la tendit au vieillard : « Mange, père. La forêt me redonnera. »

Le vieil homme mangea, puis traça sur la paume du chasseur un signe : « Retourne d'où tu viens. » Sur le chemin du retour, Beme Ndongo trouva un porc-épic, puis une antilope, puis un essaim d'abeilles lourd de miel — plus qu'il n'en pouvait porter, plus qu'il n'en fallait pour tout le village.

On ne revit jamais le vieillard. Mais depuis, quand un chasseur partage sa prise avec l'étranger de passage, on dit qu'il « nourrit le vieil homme du sentier ».

English

Beme Ndongo was coming home from the hunt with a single partridge, his only catch in three days. By the path, an unknown old man asked him: "Son, I am hungry." Beme Ndongo looked at his partridge, thought of his own family, then held it out: "Eat, father. The forest will provide for me again."

The old man ate, then traced a sign on the hunter's palm: "Go back the way you came." On the way home, Beme Ndongo found a porcupine, then an antelope, then a swarm of bees heavy with honey — more than he could carry, more than the whole village needed.

The old man was never seen again. But ever since, when a hunter shares his catch with a passing stranger, people say he is "feeding the old man of the path".

Note culturelle — L'hospitalité envers l'étranger est un devoir sacré : l'inconnu peut être un ancêtre ou un envoyé de Zamba. Donner, c'est semer.


Aux portes d'Engong (extrait d'inspiration mvett)

Français

Écoutez ! Le mvet parle. Au pays d'Okü vivent les hommes, qui naissent et qui meurent. Au pays d'Engong vivent les Immortels, fils d'Ekang, que la mort ne connaît pas. Entre les deux coule un fleuve de feu que nul mortel n'a jamais traversé.

Or un jeune homme d'Okü, dont le cœur battait plus fort que la sagesse, se leva un matin et dit : « J'irai à Engong, et je rapporterai le secret de la vie sans fin. » Les anciens lui dirent : « Ce que tu cherches ne se prend pas, il se comprend. » Mais il partit.

Sept forêts, sept rivières, sept montagnes. Aux portes d'Engong, le gardien immortel le regarda longtemps et sourit : « Retourne chez toi, fils d'Okü. Vous avez déjà l'immortalité : elle dort dans le nom que tes enfants porteront, dans les contes que dira ta bouche, dans le champ que tes mains auront planté. » Et le mvet se tut — pour cette nuit seulement.

English

Listen! The mvet is speaking. In the land of Okü live men, who are born and who die. In the land of Engong live the Immortals, sons of Ekang, whom death does not know. Between the two flows a river of fire that no mortal has ever crossed.

Now a young man of Okü, whose heart beat louder than his wisdom, rose one morning and said: "I shall go to Engong and bring back the secret of unending life." The elders told him: "What you seek cannot be taken, only understood." But he set out.

Seven forests, seven rivers, seven mountains. At the gates of Engong, the immortal gatekeeper looked at him a long while and smiled: "Go home, son of Okü. You already have immortality: it sleeps in the name your children will carry, in the tales your mouth will tell, in the field your hands will have planted." And the mvet fell silent — for that night only.

Note culturelle — L'épopée du Mvett oppose les mortels d'Okü aux immortels d'Engong. Texte original d'inspiration mvett, en attendant un extrait authentique dit par un mbômô-mvet.

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